Les prisons surpeuplées en Belgique ne sont pas seulement un problème technique et financier, mais un miroir de la façon dont nous, en tant que société, traitons la vulnérabilité, l’échec et la responsabilité. Nous devons aller au-delà des infrastructures et des capacités de détention. Nous sommes convaincus que des solutions durables ne sont possibles que si nous choisissons une approche digne de l’homme : chaque être humain possède une dignité qui ne se perd jamais, même lorsqu’on a commis de graves erreurs.
Une peine appropriée est nécessaire, tant par respect pour les victimes et la société que pour montrer clairement que la liberté implique des responsabilités. Mais l’homme ne doit jamais être identifié à ses erreurs et un nouveau départ doit toujours être possible. L’homme est capable de conversion, de croissance et de réhabilitation.
D’un côté se trouve le coupable, qui doit reconnaître ce qui a mal tourné. La conversion n’est pas un mot à prendre à la légère. Elle suppose de l’introspection, du remords, la volonté de reprendre sa vie en main et être disposé à affronter les conséquences de ses erreurs. De l’autre côté se trouve la société, qui doit accepter que quelqu’un puisse réintégrer la communauté après sa peine. Une société qui garde sa porte fermée pousse les personnes vers la marginalité, précisément là où le délit trouve de nouveaux terrains fertiles. Un nouveau départ exige donc autant un engagement de notre part en tant que communauté : la volonté de donner des chances, et non pas seulement de rendre des condamnations.
Aujourd’hui, nous constatons cependant qu’un séjour en prison peut annoncer une nouvelle condamnation. Nous ne réussissons souvent pas à fournir aux détenus les outils nécessaires pour construire un nouvel avenir. Lorsque ces personnes retournent dans la société après leur peine sans formation, sans perspective et sans accompagnement, le risque qu’elles retombent dans la délinquance est d’autant plus grand.
C’est précisément la raison pour laquelle nous plaidons pour un engagement bien plus fort sur ce qui peut vraiment être efficace : donner aux gens la possibilité de se former, d’apprendre un métier et de se préparer, pendant leur détention, à une vie qui ne tourne plus autour de la criminalité. Des prisons de petites dimensions, où la proximité humaine, une culture du respect et la possibilité d’apprendre un métier sont mises au centre, donnent de meilleurs résultats. Mais pour que cela devienne réalité, un changement de mentalité est nécessaire !
La surpopulation carcérale figure à juste titre en tête de l’agenda de notre gouvernement. Nous voulons encourager les décideurs à persévérer et à continuer de travailler sur des solutions durables. Une société qui investit dans de nouvelles opportunités investit non seulement dans des personnes ayant échoué, mais aussi dans un avenir plus sûr. Il ne s’agit pas de justifier les erreurs, mais de construire une société juste qui protège, répare et ose regarder vers l’avenir.
Nous voyons par ailleurs quotidiennement comment nos aumôniers de prison apportent un soutien moral et spirituel aux détenus. Leur présence est souvent un appui silencieux mais décisif. Ils offrent du réconfort, écoutent et proposent des repères spirituels qui stimulent le désir d’une vie meilleure. Cet accompagnement donne de l’espoir qui peut faire la différence en empêchant par exemple de sombrer dans une violence généralisée envers les autres ou encore envers eux-mêmes. Il aide les personnes à tenir bon, à réfléchir sur leurs actes et à faire le choix d’un autre chemin. Nous leur en sommes particulièrement reconnaissants.
Nous souhaitons également plus d’espace pour le dialogue interreligieux dans les murs de la prison, comme contribution à une meilleure compréhension entre les détenus. En tant qu’institutions religieuses, nous voulons aussi assumer pleinement notre part de responsabilité en promouvant, au sein de nos communautés, un discours d’ouverture à des formes alternatives de sanction et en favorisant une évolution des mentalités dans la société. C’est ainsi que nous œuvrons ensemble à une société plus humaine.
Auteurs : les chefs des cultes reconnus en Belgique (catholique, israélite, musulman, protestant et évangélique, anglican et orthodoxe)
- Pasteure Isabelle Detavernier – Présidente Église Protestante Unie de Belgique
- Hassan El Bouchttaoui – Président du Conseil Musulman de Belgique
- Philippe Markiewicz – Président du Consistoire Central Israélite de Belgique
- Chanoine Jack McDonald – Chapelain-président de l’Église Anglicane en Belgique
- Métropolite Athenagoras Peckstadt – Église Orthodoxe en Belgique
- Archevêque Luc Terlinden – Président de la Conférence des Evêques de Belgique
- David Vandeput – Président du Synode Fédéral
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